Soudain, tout le monde est souverainiste
Le 12 juin, à 17h21 heure de Washington, le gouvernement américain a envoyé à Anthropic une lettre invoquant la sécurité nationale. Dix-neuf jours plus tard, l'accès était rétabli. Entre les deux, un continent a appris ce que valait sa souveraineté numérique, et un rapport parlementaire a mis un mot dessus.

Le 12 juin, à 17h21 heure de Washington, le gouvernement américain a envoyé à Anthropic une lettre invoquant la sécurité nationale. L'ordre tenait en une ligne : suspendre tout accès à deux de ses modèles les plus avancés, Fable 5 et Mythos 5, pour n'importe quel ressortissant étranger, à l'intérieur comme à l'extérieur des États-Unis, jusqu'aux propres salariés étrangers de l'entreprise. Faute de pouvoir trier sa clientèle par passeport avant le week-end, Anthropic a coupé les deux modèles pour tout le monde. Les autres continuent de tourner. Mais le message, lui, est arrivé sans latence.
Le mot à retenir n'est pas « suspension ». C'est « foreign national ». En une phrase administrative, tout un continent a appris ce qu'il pesait dans la comptabilité de Washington : des étrangers à qui l'on retire l'accès quand la raison d'État le décide, sans préavis, sans recours, sans que le fournisseur, pourtant plutôt bien disposé, puisse y changer grand-chose. C'est la première fois que les États-Unis dégainent le contrôle à l'export non plus sur les puces, mais sur l'intelligence elle-même. Et ils l'ont fait dans le seul sens qui nous concerne. Dehors.
Que s'est-il passé exactement le 12 juin 2026 ?
Trois jours plus tôt, le 9 juin, Anthropic mettait Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 à la disposition du public. Le 12 au soir, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick adressait à Dario Amodei une lettre fondée sur les pouvoirs de contrôle à l'export, exigeant la suspension de tout accès pour les ressortissants étrangers, où qu'ils se trouvent, y compris les salariés étrangers de l'entreprise travaillant sur le sol américain.
Le déclencheur est un rapport d'Amazon décrivant une technique de contournement des garde-fous de Fable 5 : sollicité de la bonne manière, le modèle acceptait d'identifier une vulnérabilité logicielle et de produire le code permettant de l'exploiter. Washington a invoqué le risque d'attaques contre des infrastructures critiques, systèmes bancaires en tête, et des soupçons d'accès par un groupe lié à la Chine. Le conseiller de la Maison-Blanche pour l'IA, David Sacks, a publiquement affirmé qu'Amodei avait refusé de corriger la faille.
N'ayant aucun moyen fiable de vérifier la nationalité de ses utilisateurs en temps réel, Anthropic a coupé les deux modèles pour l'intégralité de sa base. Le reste de la gamme, Opus, Sonnet, Haiku, est resté disponible.
L'entreprise a contesté la gravité comme la qualification des faits. Elle indique n'avoir reçu qu'une preuve verbale d'un contournement étroit et non universel, souligne que la capacité démontrée est déjà accessible sur d'autres modèles déployés publiquement, et prévient que ce critère, appliqué à l'ensemble du secteur, arrêterait purement et simplement tout nouveau déploiement de modèle.
Dans les faits, la mesure a privé d'accès des titulaires de visas H-1B travaillant aux États-Unis, des collaborateurs de recherche internationaux, et une partie des dirigeants d'Anthropic eux-mêmes, nés à l'étranger. Il n'a pas fallu une loi, ni un décret, ni un débat. Une lettre a suffi.
La conversion du vendredi soir
Le lundi matin, le pays comptait quelques millions de souverainistes de plus, et il faut savourer ce spectacle pendant qu'il dure, parce qu'il ne durera pas.
Les mêmes qui, pendant dix ans, ont expliqué que la souveraineté numérique était une lubie bruxelloise, une coquetterie de fonctionnaires incapables d'innover. Les mêmes qui ont signé des contrats de cinq ans avec les hyperscalers américains parce que c'était plus simple, moins cher, mieux intégré. Les mêmes qui ont déplacé leurs données, leurs traitements et parfois leur capital vers des juridictions où le mot extraterritorialité n'est pas un détail de juriste. Les mêmes qui ont applaudi un projet présenté comme le vaisseau amiral de la souveraineté française alors qu'il est financé à hauteur de plusieurs dizaines de milliards par un fonds souverain du Golfe, autour de puces américaines. Ceux-là découvrent, la main sur le cœur, qu'on peut leur couper le robinet.
Ce projet a un nom, Campus AI, et un tour de table : le fonds émirati MGX aux côtés de Bpifrance, de Nvidia et de Mistral AI, pour un premier site à Fouju, en Seine-et-Marne, visant 1,4 gigawatt de puissance installée et une extension annoncée jusqu'à 3 gigawatts sur le territoire national. L'Observatoire des multinationales relève que l'essentiel du capital de la coentreprise est contrôlé depuis Abou Dabi. Souveraineté française, capital émirati, silicium américain. On a construit le vaisseau amiral avec le chantier naval des autres.
Leur indignation est sincère. Elle est simplement arrivée avec dix ans de retard et dans le mauvais sens. Pire : l'avertissement n'était même pas vieux. Il datait d'un mois, il était public, et il avait été prononcé sous serment.
Le témoin qu'on n'a pas écouté
Le 12 mai 2026, un mois jour pour jour avant la coupure, Arthur Mensch était auditionné à l'Assemblée nationale par la commission d'enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l'indépendance de la France, présidée par Philippe Latombe, Cyrielle Chatelain à la plume du rapport. Il y a déroulé, posément, la mécanique exacte qui allait se déclencher.
Sa thèse tenait dans un mot qu'il a répété sans relâche : levier. Il faut cesser, disait-il, de penser la souveraineté comme un isolationnisme, et la penser comme le font les gens qui négocient, c'est-à-dire comme un rapport de force. Dans un monde où vous importez la totalité de vos services numériques, vous n'avez aucun levier sur le fournisseur. Et qui n'a pas de levier peut se faire couper l'accès, ce qui devient, ajoutait-il, particulièrement critique pour tout ce qui touche au régalien et à la défense. Son mot de la fin, devant les députés, était « état vassal », et il donnait deux ans à l'Europe pour éviter d'y tomber. Un mois plus tard, le département du Commerce américain lui en offrait l'illustration, gratuitement, à l'échelle d'un continent.
Il y a plus précis encore, et c'est presque trop beau. Interrogé sur le cyber, Mensch avait balayé ce qu'il appelait le marketing de la peur d'un concurrent américain, vraisemblablement celui-là même dont les modèles viennent d'être coupés. Son argument : oui, les modèles sont d'excellents programmeurs, ils savent découvrir des vulnérabilités et proposer des exploitations, mais cette capacité monte de façon linéaire et prévisible, partout en même temps, et ses propres modèles trouvent exactement les mêmes failles. Rien d'exceptionnel, donc, rien qui justifie de traiter un modèle comme une arme à part. Un mois plus tard, le gouvernement américain faisait précisément l'inverse : il prenait cette capacité, la déclarait menace pour la sécurité nationale, et s'en servait pour fermer la porte aux étrangers. Mensch avait raison sur le fond, la capacité est banale et le contrôle ne protège rien. Il avait surtout raison sur la politique : peu importe que la peur soit fondée, un État peut toujours s'en servir comme prétexte pour vous débrancher.
Reste sa réponse à lui, qu'il n'a pas présentée comme une leçon d'histoire mais qui en est une. Toute la stratégie de Mistral repose sur des modèles ouverts, qu'il décrit explicitement comme une technique de décentralisation et de déplacement des acteurs établis. C'est-à-dire, mot pour mot, ce qui a fait gagner le camp d'en face la dernière fois qu'on a joué cette partie.
Pourquoi les contrôles à l'export ont-ils déjà échoué dans les années 90 ?
Parce que cette partie, on l'a déjà jouée, avec une autre distribution et le même scénario.
À l'époque, l'arme que les États-Unis voulaient garder pour eux n'était pas l'intelligence artificielle, c'était le chiffrement. Le chiffrement fort figurait sur la liste des munitions, au même rang que les missiles, et exporter du bon code revenait juridiquement à exporter du matériel militaire. En 1991, Phil Zimmermann met en ligne un logiciel de chiffrement, PGP. Il franchit les frontières, comme le font les logiciels, et son auteur écope de trois ans d'enquête criminelle fédérale pour violation présumée de l'Arms Export Control Act. L'affaire est abandonnée en janvier 1996 sans la moindre inculpation. Pour la vendre au public, le renseignement expliquait que ce logiciel servirait surtout aux criminels et aux pédophiles. C'est, mot pour mot et à trente ans d'intervalle, le marketing de la peur que dénonçait Mensch, à ceci près qu'on a remplacé les pédophiles par les hackers.
La meilleure scène reste le t-shirt. En 1995, le cryptographe Adam Back imprime l'algorithme RSA en quelques lignes de Perl sur des t-shirts. Le vêtement est officiellement une munition, et il est théoriquement illégal de l'exporter, ou même de le laisser regarder à un ressortissant étranger. La menace pour la sécurité nationale tenait sur un torse. Trente ans plus tard, la munition qu'un foreign national n'a pas le droit d'approcher n'est plus un t-shirt, c'est un modèle.
Et il y avait déjà une version pour les gens bien et une pour les autres. Netscape diffusait deux navigateurs : la version américaine chiffrait en 128 bits, la version internationale en 40, volontairement affaiblie, parce qu'au-delà de 40 bits le logiciel redevenait une arme. Les étrangers avaient droit au chiffrement de pacotille, et c'était jugé raisonnable.
Fable, ou le 40 bits de notre époque
Voilà précisément ce qu'était Fable : pas le modèle de pointe, mais la version bridée, à garde-fous, sortie au public. Le Netscape International de 2026. Sauf qu'en 1995 on laissait au moins aux étrangers leur version faible. En 2026, on la leur a d'abord donnée, puis reprise. Appelons ça du progrès.
Le motif officiel, soit dit en passant, valide point par point ce que Mensch avait expliqué aux députés. Le modèle saurait lire une base de code et y dénicher des failles. Anthropic a fait remarquer, un peu lasse, que d'autres modèles publics trouvent les mêmes failles mineures, et l'a confirmé noir sur blanc dans sa propre note de redéploiement : ses tests montrent que des modèles nettement moins capables identifient les mêmes vulnérabilités, qui relèvent du travail défensif de routine. C'était exactement son argument : la capacité est universelle, donc le contrôle ne verrouille rien. Dans ces affaires, le contrôle n'est jamais une serrure, c'est une mise en scène. La seule chose qu'il produise réellement, c'est l'exclusion de ceux qu'on a rangés du mauvais côté de la frontière.
Chercher une alternative après la coupure, est-ce de la souveraineté ?
Reste le vrai sujet, et il est désagréable. Chercher une alternative européenne le lendemain d'une coupure, sous contrainte, dans l'urgence, sur un calendrier dicté par quelqu'un d'autre, ce n'est pas de la souveraineté. C'est de la dépendance gérée, avec des étapes en plus et un peu plus de transpiration.
L'illustration a mis quatre jours à arriver. Le 16 juin 2026, à la veille de VivaTech, le Premier ministre annonçait 655 millions d'euros supplémentaires pour l'intelligence artificielle via France 2030, le déploiement d'un assistant conversationnel fondé sur Mistral auprès d'environ un million d'agents publics, et la fin du contrat de la DGSI avec l'américain Palantir au profit du français ChapsVision. Chacune de ces décisions est bonne. Aucune n'a été prise le 11 juin. Le budget existait, les alternatives françaises existaient, le diagnostic circulait depuis des années. Il aura fallu une lettre partie d'un bureau à Washington pour que la signature tombe. Voilà à quoi ressemble un pays qui n'a pas de levier : il a de très bonnes idées, et il attend un déclencheur étranger pour les exécuter.
Mensch avait, là encore, décrit le piège, et c'est sa partie la plus utile. Personne ne déploie des dizaines de milliards avant de voir la demande. L'État, qui pourrait signaler cette demande, ne le fait pas assez fort. Résultat, ce sont les acteurs les plus agressifs en capital, américains, qui investissent en amont et raflent la ressource, électricité comprise, avant que les autres aient bougé. Une fois l'offre captée, même en résolvant la demande, vous n'avez plus de quoi produire. Et tout cela, prévenait-il, se joue dans les deux ans. C'est très exactement l'écart entre savoir et agir : la conscience du risque ne le referme jamais, seule le referme une décision payée d'avance, ou bien quelqu'un d'autre la referme à votre place, à sa convenance, en coupant l'interrupteur.
Il y a tout de même une justice comique. Les contrôles à l'export des années 90 ont surtout réussi à faire émerger une industrie cryptographique mondiale hors de portée américaine et à pousser le développement vers l'ouvert. En voulant priver le monde d'une technologie, les États-Unis ont fabriqué leurs propres concurrents. Ils relancent aujourd'hui la même expérience sur l'intelligence artificielle, avec la même conviction tranquille, et c'est précisément le pari de Mistral et de ses modèles ouverts d'en être le bénéficiaire. À ce jour, Washington est sans doute le meilleur VRP de la souveraineté numérique européenne. Aucun discours à Bruxelles n'aura été aussi convaincant qu'une coupure un vendredi à 17h21.
Car c'est là la seule leçon qui compte. La qualité de votre fournisseur américain, ses valeurs, sa prudence affichée, n'ont aucun effet sur votre exposition. Anthropic n'est pas un cow-boy : c'est le laboratoire qui a refusé que l'armée américaine utilise ses modèles pour la surveillance de masse des citoyens américains et pour des systèmes d'armes entièrement autonomes. Le 5 mars 2026, le Pentagone lui notifiait officiellement le statut de risque pour la chaîne d'approvisionnement, une première pour une entreprise américaine et une étiquette d'ordinaire réservée aux puissances hostiles ; Dario Amodei a qualifié la mesure de représailles punitives et annoncé un recours. Trois mois plus tard, ce même fournisseur, le plus scrupuleux du lot, devenait du jour au lendemain le point de défaillance unique de ses clients européens. La dépendance ne passe pas par le fournisseur, elle passe par Washington. Votre prestataire peut être de votre côté et recevoir l'ordre de vous couper à 17h21 un vendredi, et son amitié n'y changera rien.
Les modèles sont revenus le 1er juillet : qui s'en souvient encore ?
Je l'écrivais ici le 19 juin : l'accès serait probablement rétabli, comme dans les années 90 le bon sens finirait par l'emporter, et c'est précisément à ce moment-là qu'il faudrait observer la salle. Parce que le jour où les deux modèles reviendraient, les convertis du vendredi soir se tairaient. Ils retourneraient à leurs contrats, à leurs intégrations, à la commodité, et oublieraient avoir un instant été européens. Ce silence serait la vraie information.
Les faits sont tombés. L'administration américaine a levé les contrôles le 30 juin, dix-huit jours après les avoir imposés. Anthropic a redéployé Fable 5 pour le monde entier le 1er juillet, après avoir entraîné un classificateur de sécurité qui bloque la technique signalée dans plus de 99 % des cas. Mythos 5, lui, n'est revenu que pour un ensemble d'organisations américaines, sur approbation gouvernementale du 26 juin. Autrement dit : la coupure est levée, l'asymétrie est restée. On a rendu aux étrangers leur version bridée et gardé l'autre. Netscape, 1995, à la virgule près.
Il s'est passé autre chose, et c'est la partie qui pourrait compter. Le 8 juillet 2026, la commission d'enquête qui avait entendu Mensch adoptait son rapport, après 45 auditions et 112 personnes entendues, avec 18 recommandations et 29 propositions, présentées en conférence de presse le 15 juillet. Sa formule centrale mérite d'être lue lentement : les dépendances numériques, longtemps silencieuses, sont devenues un levier de menace. Levier. Le mot de Mensch, deux mois plus tard, dans un document parlementaire. Parmi les propositions, une clause open source obligatoire dans les marchés publics de logiciels et de solutions d'IA à compter de 2030.
Un rapport n'est pas une politique, et une proposition à horizon 2030 laisse quatre ans pour se raviser. Mais pour la première fois, le diagnostic est écrit, daté, voté et transpartisan. La question n'est plus de savoir si nous avons compris. Elle est de savoir ce qui, du rapport ou de la commodité, tiendra le prochain trimestre.
Les cypherpunks, eux, avaient compris dès la première fois. Ils ont écrit le manifeste, imprimé le t-shirt et continué d'écrire du code que personne ne pouvait rappeler. Mensch, à sa façon de chef d'entreprise, dit la même chose : la seule souveraineté qui tienne est celle qu'on bâtit en amont, ouverte et difficile à débrancher. La question, de notre côté, est de savoir si nous comptons encore une fois nous contenter d'être le public.
La souveraineté n'est pas une émotion qu'on ressent quand le fournisseur devient hostile. C'est un coût qu'on assume quand tout marche encore. Tant qu'on n'aura pas intégré cette phrase, on continuera de produire des souverainistes du lundi matin, et l'interrupteur restera de l'autre côté de l'Atlantique.
Sources
- Ordre du 12 juin 2026, lettre du secrétaire au Commerce Howard Lutnick à Dario Amodei, motif invoqué, déclaration de David Sacks et réponse d'Anthropic : Forbes, 16 juin 2026.
- Base juridique, soupçons d'accès par un groupe lié à la Chine, effets sur les titulaires de visas H-1B et les collaborateurs de recherche internationaux : Al Jazeera, 14 juin 2026.
- Levée des contrôles le 30 juin 2026, redéploiement mondial de Fable 5 le 1er juillet, rétablissement de Mythos 5 pour un ensemble d'organisations américaines après approbation du 26 juin, classificateur bloquant la technique dans plus de 99 % des cas et tests montrant que des modèles moins capables trouvent les mêmes vulnérabilités : Anthropic, « Redeploying Claude Fable 5 ».
- Confirmation de la levée des restrictions : Al Jazeera, 1er juillet 2026.
- Désignation d'Anthropic comme risque pour la chaîne d'approvisionnement par le Pentagone le 5 mars 2026, motifs et réaction de Dario Amodei : TechCrunch.
- Audition d'Arthur Mensch du 12 mai 2026 devant la commission d'enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique : LCP, Assemblée nationale et vidéo intégrale.
- Rapport de la commission d'enquête adopté le 8 juillet 2026, 45 auditions, 112 personnes entendues, 18 recommandations et 29 propositions, formule sur le « levier de menace » : Theatrum Belli, juillet 2026.
- Clause open source obligatoire dans les marchés publics à compter de 2030, conférence de presse du 15 juillet 2026 : Acteurs publics.
- Annonces du 16 juin 2026 : 655 millions d'euros via France 2030, assistant fondé sur Mistral pour environ un million d'agents publics, remplacement de Palantir par ChapsVision à la DGSI : Studeria.
- Campus AI, coentreprise MGX, Bpifrance, Nvidia et Mistral AI, site de Fouju et capacité visée : communiqué Bpifrance ; contrôle du capital : Observatoire des multinationales.
- Abandon de l'enquête criminelle fédérale contre Phil Zimmermann en janvier 1996 : communiqué de Philip Zimmermann.
- T-shirt RSA en Perl classé munition, seuil des 40 bits et versions internationales bridées : Adam Back, cypherspace.org.
Questions fréquentes
Que s'est-il passé le 12 juin 2026 avec les modèles d'Anthropic ?
Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a adressé à Dario Amodei une lettre fondée sur les pouvoirs de contrôle à l'export, ordonnant la suspension de tout accès à Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 pour n'importe quel ressortissant étranger, à l'intérieur comme à l'extérieur des États-Unis, y compris les salariés étrangers de l'entreprise. Les modèles avaient été mis à la disposition du public trois jours plus tôt.
Pourquoi Anthropic a-t-elle coupé l'accès pour tout le monde ?
Parce qu'elle n'avait aucun moyen fiable de vérifier la nationalité de ses utilisateurs en temps réel. Elle a donc suspendu les deux modèles pour l'intégralité de sa base afin de se conformer à l'ordre. Les autres modèles de la gamme, Opus, Sonnet et Haiku, sont restés disponibles.
L'accès a-t-il été rétabli depuis ?
Oui. L'administration américaine a levé les contrôles le 30 juin 2026 et Fable 5 est redéployé mondialement depuis le 1er juillet. Anthropic a entraîné un classificateur de sécurité qui bloque la technique signalée dans plus de 99 % des cas. Mythos 5, en revanche, n'a été rétabli que pour un ensemble d'organisations américaines, après approbation gouvernementale du 26 juin.
Qu'avait prévenu Arthur Mensch devant l'Assemblée nationale ?
Lors de son audition du 12 mai 2026 devant la commission d'enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique, il avait expliqué qu'un pays important la totalité de ses services numériques n'a aucun levier sur son fournisseur et peut se faire couper l'accès, devenant un « état vassal ». Il jugeait aussi que la capacité des modèles à trouver des failles est banale, donc que le contrôle ne protège rien.
Qu'a annoncé le gouvernement français après la coupure ?
Le 16 juin 2026, quatre jours après la coupure et à la veille de VivaTech, le Premier ministre a annoncé 655 millions d'euros supplémentaires pour l'IA via France 2030, le déploiement d'un assistant conversationnel fondé sur Mistral auprès d'environ un million d'agents publics, et la fin du contrat de la DGSI avec l'américain Palantir au profit du français ChapsVision.
Qu'a conclu la commission d'enquête sur les dépendances numériques ?
Son rapport, adopté le 8 juillet 2026 après 45 auditions et 112 personnes entendues, formule 18 recommandations et 29 propositions. Il constate que les dépendances numériques, longtemps silencieuses, sont devenues un levier de menace, et propose notamment d'imposer une clause open source dans les marchés publics de logiciels et d'IA à partir de 2030.
Quel parallèle l'article établit-il avec les années 90 ?
Celui des contrôles à l'export du chiffrement : enquête criminelle fédérale contre Phil Zimmermann pour PGP, abandonnée en janvier 1996 sans inculpation, t-shirt RSA en Perl d'Adam Back classé munition, navigateur Netscape bridé à 40 bits pour l'international. Ces contrôles ont surtout fait émerger une industrie cryptographique mondiale hors de portée américaine et poussé le développement vers l'ouvert.

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