Amende à X, offensive contre Telegram : l'Europe fait la guerre à la liberté numérique
Vendredi 5 décembre 2025, la Commission européenne a infligé 120 millions d'euros d'amende à X, la plateforme d'Elon Musk. En apparence : un simple rappel à l'ordre pour non-respect du Digital Services Act (DSA). En réalité ?

Vendredi 5 décembre 2025, la Commission européenne a infligé 120 millions d'euros d'amende à X, la plateforme d'Elon Musk. En apparence : un simple rappel à l'ordre pour non-respect du Digital Services Act (DSA). En réalité ? Une attaque frontale contre la dernière grande plateforme où la parole n'est pas modérée à la demande.
Et pendant que les médias applaudissent ce qu'ils appellent une victoire réglementaire, un autre événement passé sous silence mérite autant d'attention : Pavel Durov, fondateur de Telegram, mis en examen à Paris pour avoir refusé d'installer des outils de censure automatisée.
Deux plateformes. Deux visions. Deux sanctions. Une seule logique : punir ceux qui résistent à la normalisation idéologique imposée par Bruxelles.
Pourquoi la Commission européenne a-t-elle infligé 120 millions d'euros à X ?
L'amende du 5 décembre 2025 est la toute première décision de non-conformité rendue au titre du DSA. Elle repose sur trois griefs :
- un système de badges bleus payants jugé trompeur, la coche autrefois réservée aux comptes authentifiés étant désormais vendue à quiconque paie un abonnement,
- un registre publicitaire lacunaire, aux données incomplètes et aux délais de traitement excessifs,
- un accès aux données trop restreint pour les chercheurs, qui les empêche de surveiller la plateforme de façon indépendante.
Mais aucun de ces points n'est unique à X. Meta, TikTok, Google font exactement la même chose, parfois pire, sans écoper d'amende. La seule différence ? X n'obéit pas.
Depuis que Musk a repris Twitter, il n'a pas seulement racheté une entreprise. Il a repris la main sur un espace numérique où la parole pouvait à nouveau sortir du cadre validé par les élites. Résultat : Bruxelles n'a jamais digéré ce camouflet. Cette amende n'est pas un acte juridique. C'est un tir de sommation politique.
Et X ne l'entend pas autrement. Le 21 février 2026, la plateforme a formé un recours devant la justice de l'Union européenne, dénonçant une « enquête incomplète et superficielle », des « erreurs de procédure graves » et des « atteintes systématiques aux droits de la défense ». C'est le premier recours judiciaire jamais engagé contre une amende du DSA, et il fera jurisprudence.

Claire Dilé, le boulet français de X
Dans ce contexte explosif, la posture de la direction française de X est tout simplement désastreuse. Claire Dilé, responsable des affaires publiques de X France, a reconnu publiquement que des mesures de modération « adaptées au contexte local » étaient appliquées.
Traduction : X modère discrètement en France pour faire plaisir aux autorités.
Elle parle de « shadow bans partiels » comme d'un mal nécessaire. Un aveu sidérant qui contredit frontalement la doctrine affichée par Musk à l'international.
Ce n'est plus seulement un conflit entre Bruxelles et une entreprise. C'est un conflit interne.
D'un côté, un patron mondial qui milite pour la liberté d'expression sans filtre. De l'autre, une direction locale qui fait du damage control en douce pour rester dans les petits papiers de l'administration.
Et ce double discours affaiblit toute défense stratégique de X. Il valide les critiques de l'UE, donne des munitions aux censeurs, et laisse croire que la plateforme peut être « recadrée » pays par pays.

Pourquoi Pavel Durov a-t-il été mis en examen en France ?
Pendant que X encaisse les amendes, Pavel Durov, fondateur de Telegram, a été interpellé à l'aéroport du Bourget le 24 août 2024. Mis en examen quatre jours plus tard sous douze chefs, dont complicité de diffusion d'images pédopornographiques et de trafic de stupéfiants, faute de modération, il a été placé sous contrôle judiciaire : cinq millions d'euros de caution, obligation de pointer deux fois par semaine, interdiction de quitter le territoire. Cette dernière n'a été levée qu'en novembre 2025.
Pourquoi une telle sévérité ? Parce que Telegram refuse toujours d'installer des outils de modération proactive sur ses messageries.
En d'autres termes : parce qu'il respecte le chiffrement.
Durov n'a pas cédé. Il a tenu sa ligne. Résultat ?
- contrôle judiciaire et caution record,
- pressions pour modérer plus durement,
- menace de bannissement en Europe.
Encore une fois, le problème n'est pas le contenu. C'est la désobéissance. Telegram, tout comme X, ne veut pas déléguer à l'UE le droit de définir ce qui peut ou non être dit. Et pour cela, il est traîné dans la boue.
Le DSA régule-t-il ou uniformise-t-il la parole ?
Le Digital Services Act avait été présenté comme une réponse aux dérives des GAFAM. Sur le papier, il oblige les très grandes plateformes à la transparence, à l'ouverture de leurs données et au retrait des contenus illégaux, sous peine d'amendes pouvant atteindre 6 % du chiffre d'affaires mondial. En pratique, il s'est transformé en machine à produire de la conformité idéologique.
- Audits imposés,
- retraits de contenus en 24h,
- reddition de comptes permanente.
La liberté d'expression devient conditionnelle. Et la moindre plateforme qui ne s'aligne pas devient un problème à résoudre. Le plus inquiétant ? Ce cadre réglementaire ne s'attaque pas aux contenus mensongers, mais aux plateformes qui échappent au pouvoir.
Ce qu'on ne vous dit pas : le DSA, arme de géopolitique intérieure
Bruxelles ne s'en prend pas à TikTok. Bruxelles ne sanctionne pas Meta pour ses atteintes à la vie privée. Mais Bruxelles punit X pour avoir donné de la visibilité à des opinions conservatrices, souverainistes ou dissidentes.
Et ce n'est pas une coïncidence si cette amende arrive juste après une série de publications « déplaisantes » sur l'Ukraine, l'OTAN, ou les politiques migratoires.
Même scénario pour Telegram :
- Le chiffrement de bout en bout gêne la surveillance ?
- On sort la carte « complicité indirecte de terrorisme ».
On ne cible plus les infractions. On cible les désobéissances structurelles.
Nous ne sommes pas « protégés », nous sommes testés
X. Telegram. D'autres suivront.
Cette régulation ne cherche pas à assainir l'espace numérique. Elle cherche à standardiser la parole. À aligner les plateformes sur une seule ligne : celle de l'opinion autorisée.
Ce que Musk dérange, ce n'est pas qu'il vend des badges bleus à 8 euros. C'est qu'il refuse de faire la police idéologique pour Bruxelles.
Ce que Durov dérange, ce n'est pas qu'il accueille des groupes extrémistes. C'est qu'il refuse de livrer ses utilisateurs comme du bétail aux autorités.
📣 Ce n'est plus une question de régulation. C'est une question de souveraineté de la parole. Et tant que l'Europe préférera la conformité à la liberté, les amendes tomberont sur les rebelles, jamais sur les dociles.
Christophe Mazzola, expert en cybersécurité, auteur de « Être en Cybersécurité », défenseur d'une Europe lucide.
Sources
- Amende de 120 millions d'euros à X, trois griefs et première décision de non-conformité au titre du DSA, 5 décembre 2025 : Commission européenne.
- Réaction de la France à la sanction : France Diplomatie, ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.
- Recours de X devant la justice européenne, 21 février 2026 : France 24 et Social Media Today.
- Interpellation, mise en examen et douze chefs visant Pavel Durov, août 2024 : Wikipedia, Arrest and indictment of Pavel Durov et parquet de Paris, via TechCrunch.
- Levée de l'interdiction de quitter la France pour Pavel Durov, novembre 2025 : France 24.
Questions fréquentes
Pourquoi la Commission européenne a-t-elle infligé une amende à X ?
Le 5 décembre 2025, la Commission a infligé 120 millions d'euros à X au titre du DSA, sa toute première décision de non-conformité. Elle retient trois griefs : un système de badges bleus payants jugé trompeur, un registre publicitaire lacunaire et un accès aux données trop restreint pour les chercheurs.
X a-t-il fait appel de l'amende de 120 millions d'euros ?
Oui. Le 21 février 2026, X a formé un recours devant la justice de l'Union européenne, dénonçant une « enquête incomplète et superficielle » et des « atteintes systématiques aux droits de la défense ». C'est le premier recours judiciaire contre une amende prononcée au titre du DSA.
Pourquoi Pavel Durov a-t-il été mis en examen en France ?
Le fondateur de Telegram a été interpellé au Bourget le 24 août 2024, puis mis en examen le 28 août sous douze chefs, dont complicité de diffusion d'images pédopornographiques et de trafic de stupéfiants, faute de modération. Placé sous contrôle judiciaire avec cinq millions d'euros de caution, il a vu son interdiction de quitter la France levée en novembre 2025.
Qu'est-ce que le Digital Services Act (DSA) ?
Le DSA est le règlement européen sur les services numériques, pleinement applicable depuis 2024. Il impose aux très grandes plateformes des obligations de transparence, d'accès aux données et de retrait des contenus illégaux, sous peine d'amendes pouvant atteindre 6 % du chiffre d'affaires mondial.
Pourquoi la position de la direction française de X est-elle critiquée ?
Claire Dilé, responsable des affaires publiques de X France, a évoqué publiquement une modération « adaptée au contexte local » et des « shadow bans partiels ». Pour l'auteur, ce double discours contredit la doctrine de liberté d'expression affichée par Elon Musk et fragilise la défense de la plateforme.
Le DSA vise-t-il les contenus illégaux ou la désobéissance des plateformes ?
Officiellement, le DSA cible les contenus illégaux et les risques systémiques. La thèse de l'auteur est autre : le règlement frapperait d'abord les plateformes qui refusent de déléguer à Bruxelles le droit de définir la parole autorisée, X et Telegram servant selon lui d'avertissement aux autres.

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